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Bilan de l’objectif n°1 : évaluer les besoins d’espaces logistiques dans les villes et les stratégies des professionnels

Dès le démarrage des travaux de l’AFELU, le besoin a été ressenti de réaliser une étude préalable à toute expérimentation portant sur les besoins concrets des professionnels pour des services logistiques qui seraient peu, ou ne seraient pas, assurés aujourd’hui dans les centres des villes : stockage, ramassage des emballages et palettes, livraisons à domicile…, et pour lesquels des espaces en ville pourraient se révéler nécessaires à court ou plus long terme.
Les participants à l’AFELU se sont également interrogés sur le point suivant : les structures commerciales, les principaux messagers ou commissionnaires de transport, qui constituent les véritables décideurs en matière de transports de marchandises dans les villes, opèrent à un niveau national voire européen (en particulier pour la messagerie). Les professionnels qui effectuent la livraison dans une ville donnée sont bien souvent de simples exécutants sous-traitants des premiers. Quel est alors le pouvoir réel d’une collectivité locale souhaitant développer un projet d’ELU quand les principaux leviers et les décisions stratégiques sont nationaux voire internationaux ?
Ces deux questionnements ont justifié de confier en décembre 2001 au bureau d’étude Samarcande la réalisation d’une enquête auprès de commerçants et établissements des centres villes de Lille et Tours d’une part, et l’organisation d’entretiens approfondis avec des responsables de grands groupes de logistique et d’entreprises de services urbains d’autre part.
Voici les principaux résultats de cette étude [1] , qui se sont révélés particulièrement intéressants et ont permis de mettre en évidence certains comportements et besoins des entreprises concernées par la distribution urbaine des marchandises.

Les besoins en nouveaux services logistiques des entreprises localisées en centre ville

309 entreprises (entités commerciales, artisans, entreprises de service) ont été interrogées, dont 155 à Tours et 154 à Lille. Plusieurs types de prestations susceptibles d’être offertes sur un ELU ont été testés auprès d’elles :
réception de produits
livraison à partir d’un ELU
stockage
livraison à domicile des clients (entreprises ou particuliers)
point relais sur lequel les clients peuvent venir chercher leurs achats
gestion des emballages vides et des palettes
Le niveau d’intérêt s’est révélé variable selon les prestations. C’est la prestation « gestion des emballages vides » qui a recueilli, de loin, la plus forte adhésion, exprimant sans aucun doute en la matière un véritable « besoin logistique » insuffisamment satisfait par les services municipaux de collecte de déchets. Les autres activités ont recueilli un taux de réponses favorables qui est loin d’être négligeable.

Niveau d’intérêt des entreprises selon les prestation

(pourcentage de répondants se déclarant intéressés ou très intéressés)

Fonctions des ELU  Nombre d'entreprises concernées par la question* Pourcentage des répondants intéressants

Réception des approvisionnements

306 15 %

Réception des approvisionnements et livraison des répondants

46 87 %

Stockage

308 14 %

Livraison des clients

258 17 %

Point relais

251 10 %

Gestion des emballages

107 87 %

*ce nombre n’est pas toujours égal au total des entreprises enquêtées (309), certaines questions ne pouvant, par nature, être posées qu’à une partie d’entre elles.

Le niveau d’intérêt est bien évidemment différent selon l’activité des entreprises. Les épiceries et les supermarchés sont les plus intéressés par des espaces urbains leur permettant de recevoir, à proximité des magasins, leurs approvisionnements. Ils sont, tout comme les pharmacies et les magasins d’équipement de la maison, également intéressés par des zones de stockage. Un service de livraison aux clients intéresse les commerces de bouche, les épiceries et supermarchés mais aussi le commerce de gros et les magasins d’équipement de la maison. Un service de récupération des emballages intéresse l’ensemble des activités mais plus particulièrement les cafés, hôtels et restaurants ainsi que les métiers de bouche.
De manière générale et non surprenante, le prix constitue le premier critère de recours (ou non) à un ELU La proximité immédiate (moins de 500 mètres) d’un espace logistique est également exigée par ses utilisateurs potentiels. A ces différentes conditions près, l’existence d’une offre pourrait pousser certaines entreprises à réviser leur organisation actuelle.

Les besoins et stratégies des entreprises desservant la ville

Une enquête menée auprès de 28 responsables d’entreprises de services urbains « à vocation logistique » (prestataires logistiques et transporteurs, mais aussi prestataires de services urbains, professionnels de l’immobilier d’entreprise, spécialistes du service après vente, etc.) a fait apparaître une véritable préoccupation de ceux-ci face à une évolution qu’ils ressentent comme de plus en plus difficilement maîtrisable.
L’évolution du marché et des pratiques commerciales, fondées sur une flexibilisation toujours plus forte du système de production et d’échanges, une réduction des stocks, un plus grand fractionnement des commandes et un recours accru au transport, fait en effet reposer sur les acteurs du transport et de la logistique une performance commerciale (en termes de délais) et une qualité de service qu’il devient difficile d’obtenir. Les opérateurs subissent un effet ciseau entre une clientèle de plus en plus exigeante et des citoyens et des collectivités de plus en plus vigilants quant aux atteintes à l’environnement et aux conditions de vie des populations.
Les pratiques actuelles de la logistique urbaine laissent apparaître de grandes divergences d’un secteur à un autre, d’une entreprise à une autre. La place croissante prise par la livraison directe aux particuliers ou la livraison fine aux entreprises pose de nouveaux problèmes opérationnels et commerciaux.
Pour améliorer l’efficacité de leurs prestations et aussi pour mieux répondre aux soucis des collectivités, les entreprises mettent en œuvre des moyens qui vont de la réorganisation des procédures à la réorganisation des réseaux de distribution. Souvent, cela se traduit par la réalisation de sites de rupture de charge permettant de se rapprocher du destinataire, par une implantation qui doit être facilement connectable au cœur des villes.
Ce sont autant d’éléments qui obéissent à la même logique que les ELU. C’est ce qui explique que la majorité des entreprises interrogées se soient révélées plutôt bienveillantes quant à ce concept et que certaines d’entre elles soient prêtes à participer à une expérience si elles y trouvent une source d’amélioration opérationnelle.
Si apparaissent certaines craintes liées au coût de la rupture de charge, à la perte de la maîtrise commerciale, aux difficultés juridiques, à une éventuelle mutualisation des opérations, il ne s’en dégage pas moins des opportunités de mise en œuvre d’ELU pour des segments de marché non négligeables et dont certains pourraient être associés moyennant une analyse plus fine des compatibilités techniques et économiques. Ces segments sont :
- la distribution aux particuliers (sans doute la moins rentable)
- la distribution fine aux entreprises tertiaires (plus complexe)
- la distribution pour le service après vente informatique et bureautique (high tech, avec services annexes)
- la « reverse logistics » (logistique de retour pour les palettes ou les emballages) (nouveau métier ?).
On le voit, ces enquêtes ont montré l’existence de besoins et d’intérêt, et permettent d’alerter les collectivités et les professionnels responsables du développement urbain sur la nécessité de prendre en compte les besoins fonciers nécessaires à la logistique urbaine.

[1] A partir de : Samarcande, Etude sur les Espaces Logistiques Urbains, évaluation des besoins et des stratégies des professionnels, synthèse. Rapport pour l’ADEME/AFELU, juillet 2002.